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LE CADEAU DE LA FEE MORGANE

Le Lutin de la Saint Sylvestre était triste : une année finissait, une autre commençait, et tout lui semblait revêtu d’une même monotonie.

Il se trouvait pourtant sur une grande étendue de plage, la mer avait des reflets d’un bleu profond qui s’ouvraient sur l’infini, des parasols nombreux s’offraient à sa vue, et de petits cailloux se laissaient doucement bercer par les vaguelettes.

La Fée Morgane, qui, comme chacun sait, est capable de toutes les magies, entendit toute cette tristesse, et se transporta auprès de notre Lutin.

« Pourquoi es-tu triste, Lutin ? » , lui demanda-t-elle ?

« Je n’ai pas d’espoirs, rien d’intéressant à faire, et ma vie est inutile ».

La Fée Morgane demanda alors au Lutin de regarder ce qu’il avait à sa portée :

la plage, qui permet de changer de direction, de marcher à son propre pas,

la mer, porte ouverte à toutes les aventures,

et les parasols, dont chacun représente un projet d’avenir, prêt à s’ouvrir, en fonction de ses choix.

Lavenir2006_400

Mon cadeau pour la Saint Sylvestre, Lutin, c’est que je te donne cette image pour toujours,

tu auras juste à fermer les yeux,

et tu auras toujours tout à ta portée :

l’Avenir, et toutes les merveilles inconnues qu’il te propose, si tu veux les prendre.

Gardes ce petit caillou dans ta poche, pour t’en souvenir.

Conte de Zia Chiara

Claire Doutremepuich


LA PAGE BLANCHE

L’auteur regardait sa page blanche avec bonheur.

C’était toujours un plaisir de savourer ce moment où tout est offert, ouvert, permis !

Œuvre futile, légère, réflexion sérieuse, énigme, amour, humour, histoire ou actualité ...l’excitation de ne pas encore choisir entre ces multiples possibles !

La page blanche lui fait penser à une plage déserte au petit matin : immaculée et sans histoires.

                                                 Sable

Plus tard, traces de pas, de ballons, de parasols, de bateaux, d’oiseaux  raconteront des tranches de vie …

Plus tard, aussi, la page blanche se couvrira de signes,

des paysages vont se dessiner, 

des personnages apparaître, diffus d’abord, puis aux caractères plus marqués.

Le rôle de l’auteur sera de les faire vivre, cohabiter,

se déchirer parfois ou  se réconcilier.

Il devra dérouler l’intrigue, dénouer les fils, défaire et réinventer, alternant entre l’ivresse démesurée et         

le désespoir le plus bleu.

Enfin, il écrira le mot « fin ».

Cette boucle là sera bouclée…

Et l’auteur n’aura de cesse que de retrouver une nouvelle page blanche, promesse de tant de nouvelles aventures…

« Choisir ce que j’écris sur ma page blanche, c’est l’aventure de ma propre vie ».

Conte de Zia Chiara

Claire Doutremepuich


SAM ET LES MOUETTES

Sam regardait la mer.

Le mouvement des vagues, partir au loin, revenir     s’éclater au bord lui évoquait sa propre vie.

Partir au loin, cela avait toujours été sa stratégie, pour ne pas s’opposer à ses parents, pour ne s’engager vraiment auprès de       personne dans sa vie personnelle, pour ne pas se battre dans son entreprise.

Bien sûr, il se disait que cela correspondait à son goût de l’aventure, à sa curiosité de voir des paysages différents, des gens qui vivent autrement.

Mais, au bout du compte, il sentait bien que, comme la vague qui revient toujours vers le bord, il revenait toujours au même point.

Et se trouvait seul, désespérément seul.

Deux mouettes voletaient ensemble, au dessus de la mer, et Sam se dit qu’il était comme elles, seul au dessus de l’océan.

Sauf que les mouettes, elles étaient deux.

Et qu’elles s’amusaient ensemble, à sauter sur les vagues.

Puis elles vinrent sur la plage, où, derrière une dune, Sam vit qu’elles avaient construit leur nid, patiemment, brindille après brindille.

Sam se dit qu’il avait beaucoup à apprendre des mouettes, pour partager ses voyages, ses jeux, et construire sa vie.

Il ne savait pas encore comment il allait s’y prendre, mais il décida déjà d’avoir l’humilité de se faire accompagner, tellement il voulait maintenant atteindre son objectif.

Et l’image des mouettes allait l’y aider.

Conte de Zia Chiara

Claire Doutremepuich


LE PECHEUR ET LE BANQUIER

Toni, un jeune pêcheur aimait son métier : se lever tôt le matin, prendre sa barque, aller poser ses filets, poser quelques lignes.

Il aimait la caresse du vent sur son visage, l’odeur de la mer, le son du clapotis des vagues sur la coque de son bateau.

Quand il rentrait, il était fier d’aller vendre sa pêche aux meilleurs restaurants du coin, et de savoir que les touristes se régaleraient de ses poissons frais.

                                               Atmosphere0004_1

Le soir il retrouvait ses amis, pour jouer de l’organetto, et rire et danser toute la soirée.

Il s’endormait, heureux, en regardant les étoiles dans le ciel.

Un  jour, arriva son cousin Fabrice,de Paris. Lui travaillait dans une grande banque, passait tout son temps au travail, ne voyant plus guère sa famille et ses amis, n’ayant même pas le temps de dépenser son argent.

Un malin génie, décida, une nuit, de donner à chacun la vie de l’autre, pour 8 jours.

Que croyez-vous qu’il en advint ?

Toni, huit jours plus tard, qui lui semblèrent un siècle, retrouva avec  plaisir sa vie qu’il aimait, et  son bonheur partagé avec ses proches.

Quant à Fabrice, il vécut cette semaine avec rejet au début, ensuite il se prit au jeu. Et de retour à son bureau, souvent son esprit vagabonde vers la mer...

Conte de Zia Chiara

Claire Doutremepuich


LE REVE DE FELICIA

Felicia referma son livre à regret, tant l’histoire du Phoenix qui renaît de ses cendres l’avait captivée.

Elle s’endormit en pensant qu’elle aimerait renaître à une nouvelle vie, plus proche de ses aspirations que la sienne aujourd’hui.

Elle fit, cette nuit là, un rêve étrange, qui ressemblait à la réalité.

Elle se vit transformée,  physiquement, insensiblement par petites touches, pour devenir la silhouette de la femme qu’elle rêvait d’être.

Elle se vit vêtue de vêtements qu’elle n’osait jamais porter et trouva qu’ils allait bien à son nouveau moi.

Cette femme, qu’elle était dans son rêve, occupait le job auquel elle n’avait  jamais osé postuler, et était visiblement appréciée de nombreux amis.

Félicia se réveilla, bizarre, déçue de ne pas se trouver

« la femme de son rêve ».

Elle réfléchit longuement que cette vision pouvait devenir son objectif, et que se transformer par petites touches, constituait autant d’étapes à atteindre l’une après l’autre,

avec fierté et satisfaction.

Elle se fixa, raisonnablement, un premier but.

Elle comprit qu’il lui faudrait accepter de mourir à nombre de ses anciennes habitudes.

Et qu’alors elle pourrait laisser s’installer de nouveaux comportements de vie,

qui feront naître son nouveau moi,

encore plus beau,

tel le phoenix. 

Conte de Zia Chiara

Claire Doutremepuich